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Un coup de pouce aux femmes et aux enfants

Dans le domaine de la santé, la commune de Fonds-Verrettes est traitée en parent pauvre. Un seul centre de santé à lits, sous-équipé, dessert 49 000 habitants.

Haïti: La gale, les infections vaginales et les maladies de la bouche sont le lot quotidien de la population de Fonds-Verrettes qui peine à se relever des dégâts de l'inondation meurtrière de 2004. L'unique centre de santé de la commune qui souffre de carence en ressources humaines et matérielles n'arrive pas à remplir sa mission. "Nous sommes impuissants devant les maladies qui rongent la population", a avoué Merisca Ilogène, administrateur de l'unique centre de santé de Fonds-Verrettes.

Inauguré en 1997 sous la première présidence de René Préval, le centre de santé publique de Fonds-Verrettes est réduit à une peau de chagrin. Sa toiture de bois illustre sa laideur. Son personnel médical est totalement insuffisant. Il est composé du directeur médical du centre, d'un jeune médecin en service social, d'un médecin et d'un infirmier cubains. "Nous avons grand besoin d'un gynécologue, d'une infirmière et d'un pharmacien", a expliqué M. Ilogène.

L'eau non potable consommée par la population a des conséquences néfastes sur sa santé. "La carie dentaire et d'autres maladies de la bouche sont monnaie courante dans la communauté", se désole ce responsable du centre de santé de Fonds-Verrettes. Il invite, d'une part, les autorités à doter la commune d'un système d'adduction d'eau potable et, d'autre part, à affecter des dentistes au centre de santé.

Les ressources matérielles font aussi défaut au centre de santé qui doit desservir les 49 000 âmes de Fonds-Verrettes. Le laboratoire médical est dysfonctionnel depuis un certain temps. "Nos multiples démarches auprès des autorités de Port-au-Prince restent lettre morte, regrettent les responsables du centre, heureusement épargné de l'inondation de 2004. Pour n'importe quoi, nous sommes obligés de référer les patients à Port-au-Prince. Ce qui les décourage à fréquenter le centre.»

Un coup de pouce de PESADEV

Le centre de santé de Fonds-Verrettes fonctionne tous les jours. Parfois, on peut compter les patients sur les doigts d'une main. Mardi dernier, ils étaient pourtant plus de 700 patients, dont une grande majorité de femmes enceintes et d'enfants. Le personnel médical s'est fendu en quatre. Se faire ausculter n'était pas pourtant le premier objectif des centaines de femmes qui fréquentent le centre en très petit nombre en temps normal. Leur premier objectif était de trouver un peu de céréales pour nourrir leurs enfants. Ce phénomène se répète chaque mois lors de la distribution de rations sèches aux femmes enceintes et allaitantes et aux enfants mal nourris de la zone par l'ONG Perspectives pour la Santé et le Développement (PESADEV).

Quelque 442 familles de Fonds-Verrettes et 736 autres des localités de Thoman et de Soliette sont bénéficiaires de ce programme initié dans la commune depuis 2005 et financé par le Programme Alimentaire Mondial (PAM). Seules les femmes enceintes et allaitantes et les enfants mal nourris de 0 à 5 ans sont éligibles à ce programme qui entend améliorer la santé des mères et des enfants en bas âge en leur fournissant un appui nutritionnel. Les mêmes critères sont retenus pour la sélection des bénéficiaires du programme de PESADEV à Oriani (4e section de Fonds-Verrettes).

300 enfants et 100 femmes enceintes reçoivent l'appui nutritionnel de PESADEV à travers la congrégation de Saint-Paul de Chartre. Etablie à Oriani depuis près d'une trentaine d'années, ladite congrégation reste l'un des meilleurs partenaires de la population évaluée à près de 10 000 habitants. Elle s'implique à fond dans l'éducation et les soins de santé dans la localité.

Les zones de Forêt-des-Pins, Thomazeau, Tabarre, Port-au-Prince, Carrefour, Pétion-Ville, Gressier et Léogâne sont aussi touchées par ce programme de renforcement de nutrition dans des zones rurales et péri-urbaines du département de l'Ouest. 8924 familles dans les zones ciblées, à raison de trois personnes par famille, reçoivent tous les mois une ration sèche fournie par le Programme Alimentaire Mondial (PAM).

Une goutte d'eau dans un océan

A Fonds-Verrettes, à Oriani et dans toutes les autres zones, le programme de renforcement de nutrition n'arrive pas à satisfaire les nombreuses demandes des familles qui souhaitent en bénéficier. "Je n'ai pas les moyens de nourrir mes six enfants", se plaint Emilia, implorant les responsables du centre de santé d'ajouter son nom sur la liste des bénéficiaires en dépit du fait qu'elle ne répond pas aux critères du programme.
"Je ne peux pas, a rétorqué l'infirmière nutritionniste attachée au programme. Toute la population de Fonds-Verrettes nécessite un appui nutritionnel. Dommage que nous n'avons pas les moyens."

C'est le même constat à Oriani. Le centre est débordé de patients les jours de distribution de nourriture. Chacun veut se faire inscrire au programme. De quoi porter les missionnaires, qui gèrent aussi un programme d'assistance pour les vieillards, à demander aux responsables de PESADEV d'augmenter la quantité de rations sèches fournie à la zone.

Se référant au climat socioéconomique précaire qui sévit dans la plupart des zones rurales du pays, notamment à Fonds-Verrettes, ce programme est considéré comme une aubaine. D'aucuns estiment que l'intégration d'autres catégories de bénéficiaires contribuerait à améliorer la situation.


Jean Pharès Jérôme
pjerome@lenouvelliste.com



Source : Le Nouvelliste http://www.lenouvelliste.com/article.php?PubID=&ArticleID=70043
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